jeudi 10 juillet 2014

Max

Titre : Max
Auteur : Sarah Cohen-Scali 
Édition : Gallimard (Scripto) 
Parution : 2012
Nombre de pages : 475
Synopsis : "19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !" Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.



Note : 17/20

Avis personnel : 
  Quelle lecture ! Je l'ai tant voulue mais tant redoutée à la fois. J'en sors à la fois totalement sonnée et totalement ébahie. Je pense, sans exagérer que c'est le livre le plus difficile à supporter, émotionnellement, que j'ai eu à lire. Et c'est un roman jeunesse !
  Prenons d'abord le personnage principal : Max. Ou Konrad comme il aimera qu'on l'appelle. Son histoire commence bien avant sa naissance, et même s'il n'est pas encore conçu, il en est le narrateur direct. Sa mère, sélectionnée sur des critères physiques précis et son père, soldat SS au physique aryen parfait se retrouvent pour "s'accoupler" et créer le prototype unique mais correspondant parfaitement pour le programme "Lebensborn" de Hitler. Dès le départ, ses idées et sa façon de parler peuvent choquer. Il se dit directement fils d'Hitler et de l'Allemagne et il ne se force à vivre que pour contenter le Führer. Il est le premier né du programme mais veut absolument réussir partout, être le meilleur, écraser ces "vermines qui pourrissent l'Allemagne". Je vous le dit, c'est un langage dur. Et encore je fais soft. C'est aussi un battant : touché par la maladie, il se relèvera pour ne par qu'on "l'expédie" et saura faire preuve de malice pour arriver à ses fins. Mais attention, il est ravi de tout ce qui lui arrive. Vraiment tout. Fier de l'Allemagne.
  La plupart des critiques que j'avais déjà lues sur ce livre reprochaient le manque de sensibilité et de sentiments de ce Max. Après lecture, je ne pense pas que ce personnage soit insensible et sans sentiments. Dans sa manière de juger, on voit des propos antisémites, du rabaissement, de la violence et des mots crus mais à quelques moments, des doutes, de la remise en question, un attachement. Je ne peux pas vous parler du caractère complexe de Max sans vous dévoiler quelques intrigues mais le caractère dur et fort n'est présent que lorsqu'il reste en présence de personnes admiratives du Führer. J'ai trouvé Max quand même hyper influençable - peut-être que l'auteur a voulu en faire le reflet de la jeunesse Allemande ? - et bien heureusement qu'il récupère son âme d'enfant - de façon assez furtive - au contact d'autres parce que je pense que ce livre aurait été trop dur pour moi.
  Le personnage de Max n'est pas si attachant, et je ne pense pas que ce soit le but. Mais heureusement on en trouve d'autres - Bibiana, Lukas, Manfred et Frau Inge - auxquelles Max va s'attacher et qui vont changer sa manière de voir les choses, qui vont l'humaniser. Parce qu'il faut le dire : Max n'est rien qu'un robot, qu'on imagine craquant mais vide à l'intérieur. Il lui fallait bien ces gens pour changer.
  Mon personnage préféré ça a été Lukas. Un vrai modèle de rébellion et le vrai grand frère qu'il manquait à Max. C'est un personnage émouvant et en même temps le plus solide de tous. Je n'en dirai pas plus.
  Comme l'explique l'auteure à la fin du roman, certains personnages et faits sont réels - je ne savais moi même pas grand chose du programme Lebensborn, ni même que ça avait été si approfondi - et cela n'a fait que renforcer l'horreur que je m'imaginais déjà parfois. C'est encore pire. Mais on peut apprécier le fait que ce roman soit très bien documenté, vous ne pouvez en ressortir que plus renseigné.
  Je pourrais encore parler pendant des heures de ce roman fascinant et effrayant. Il m'a fallu parfois couper ma lecture pour me changer les idées - les propos de Max et certaines descriptions de scènes me faisant pâlir. Je doute sincèrement que ce livre puisse être lu par tous les enfants d'au moins 8 ans. Il est certes important de connaître chaque fait important de la Seconde Guerre mondiale mais la description des faits et la froideur de Max peuvent tourmenter les lecteurs les plus sensibles. Mais disons que le fait que le personnage principal soit un enfant peut les contenter... Je ne sais vraiment pas quoi penser de ce roman en tant que "Roman Jeunesse". 
  Si vous n'êtes pas aussi sensible que moi, si vous avez désir d'en savoir plus, si vous pensez que l'histoire de Max peut vous toucher, et si ma chronique vous a convaincu : n'hésitez pas et lisez-le, parce que malgré le sujet, ce roman est captivant. 

Vous aimerez peut-être : 
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
Il est de retour de Timur Vermes
Entre chiens et loups de Malorie Blackman



1 commentaire: