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dimanche 7 mars 2021

Les bulles en vrac #11

 

♦ Bonjour les lecteurs ! Je reviens encore avec un article Bulles en Vrac, le deuxième en moins d'un mois. Oui, oui. J'ai lu beaucoup de bande-dessinées en un mois.

J'ai lu un seul roman à cause de 1) une panne de lecture et 2) des dossiers à rendre que j'ai mis du temps à faire parce que je procrastine à fond. Je culpabilise chaque jour, sachez-le. Résultats des courses : j'avais plus de 2 mois de retard sur toutes vos chroniques (non, j'ai pas fini, merci le logiciel Netvibes de m'aider à trier les lus des non-lus).
J'espère que les petites bulles que je vous propose cette fois vont vous intéresser. N'hésitez pas à me recommander vos derniers coups de coeur. ♦


Bulle en vrac n°1

Our colorful days, tome 1 de Gengoroh Tagame
Édition Akata (2020)
► Sora est un lycéen passionné des arts, ami d'enfance de Nao avec qui on lui prête fréquemment une relation amoureuse. Seulement, Sora aime les hommes. Il est amoureux d'un garçon de sa classe mais refuse d'avouer son homosexualité à qui que ce soit. Un jour, un homme apparaît pour lui dire qu'il l'aime, c'est alors que Sora découvre son café et décide de s'ouvrir à lui à propos de sa sexualité.
Ce manga est touchant par son personnage principal qui essaie de mener une vie normale d'adolescent tout en jouant la comédie la journée. J'ai trouvé certains passages touchants - les moments passés avec le garçon qu'il aime - ou même choquants - les propos homophobes tenus par des élèves - mais je trouve que l'histoire reste en surface. Alors, c'est vrai que les premiers tomes de manga sont souvent introductifs mais j'ai trouvé que les sujets étaient abordés de manière superficielle ou à la va-vite. J'essaierais de revenir sur cet avis une fois la série terminée. Elle est complète en 3 tomes. Les dessins sont agréables cependant et on sent des relations qui tendent à se renforcer. Une petite œuvre ! 

 → Vu aussi chez Les lectures de Chloé


Bulle en vrac n°2

Les indésirables de Kiku Hughes
Édition Rue de Sèvres (2021)
► Kiku Hughes raconte un pan entier de la vie de sa grand-mère japonaise, enfermée dans les camps pour sino-américains durant la Seconde Guerre. Elle s'imagine jeune fille, transportée par une brume mystérieuse dans cette partie de l'Histoire. Elle découvre alors que, même en étant japonaise à 1/4, elle est considérée comme l'ennemie des américains. Les premiers voyages sont courts, puis le dernier dure plus d'un an, ce qui lui permet de voir la vie quotidienne de sa grand-mère, tout en subissant les mêmes traitements et les mêmes injustices. J'ai adoré que ce thème soit abordé de cette façon : ça change de beaucoup de récits historiques et on a l'impression que le personnage principal, au-delà de découvrir quelque chose, se rend compte de la dureté de l'expérience. J'aurais aimé qu'on voit davantage sa grand-mère mais, en racontant par ses yeux cet emprisonnement, on imagine aisément comment ça a été vécu. Le récit est renseigné, les dessins sont doux - malgré la dureté du thème - et ça questionne l'identification à ses racines, comment les japonais ont voulu tout oublier de cette période, devenir plus américains que les américains tout en conservant ce traditionalisme. Une BD que je recommande ne serait-ce que pour connaître davantage cette partie de l'Histoire. 

 → Vu aussi chez Des livres, des livres !


Bulle en vrac n°3

L'arabe du futur, tomes 1, 2, 3, 4 et 5 de Riad Sattouf
Édition Allary (2014 - 2020)
► J'ai pu lire cette série de BD grâce à une amie qui m'a généreusement prêté ses livres. Quel coup de cœur pour cette série ! Riad Sattouf raconte son enfance au Moyen-Orient, lorsque son père, doctorant d'université, accepte un poste de professeur en Lybie, puis en Syrie, d'où il est originaire. Ce sont alors deux histoires en une qui sont raconté : la vie de Riad, l'école de Syrie, ses relations avec sa famille syrienne, ses aller-retours entre la France et le Moyen-Orient... puis l'histoire de son père, "arabe sachant" parmi les "ignorants" qui souhaite "éduquer" son peuple puis qui bascule petit à petit vers une idéologie plus radicale. L'auteur semble raconter ça en tout innocence, avec ses pensées d'enfant de l'époque. Cette série n'a pas vocation à être politico-historique mais ça raconte simplement l'enfance de ce petit Riad, sensible, blond comme les blés, déjà talentueux pour le dessin et qui dessine parfaitement Pompidou. Le cadre de vie au Moyen-Orient est difficile - le peuple explique qu'il est moderne mais le gouvernement n'a pas la possibilité d'offrir l'électricité à tous par exemple, et la plupart des maisons sont en ruines. Riad Sattouf arrive à exprimer des tas de choses par ses dessins - les émotions ressenties, le cynisme de certaines situations, des propos. Il raconte vraiment son enfance à travers ses yeux d'enfant et sans trop de recul - au premier abord seulement. Je pensais vraiment m'ennuyer en lisant ces BD mais pas du tout, il n'y a pas de longueurs et Riad Sattouf arrive à nous entraîner et à nous plonger dans sa vie, dans cette ambiance, dans ses pensées. C'est vraiment passionnant : il arrive à nous faire sourire sur des situations pas très drôles - excepté pour le 5ème tome qui est plus dramatique. J'ai vraiment vraiment adoré cette BD et je me languis du 6ème tome qui est déjà en cours de rédaction. 
 
 → Vu aussi chez Les pages qui tournent


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Pas de films vus durant cette petite période mais pour les connaisseurs, j'ai passé énormément de soirées sur Twitch - ça me perdra un jour.

A bientôt les lecteurs !

mercredi 3 mars 2021

My absolute darling

Titre : My absolute darling
Titre original : -
Auteur : Gabriel Tallent
Traduction : Laura Derajinski
Édition : Gallmeister
Parution : 2019
Nombre de pages : 480
Synopsis : A quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte Nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu'elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s'ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandit seule, sous la coupe d'un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu'au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu'elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle essaie alors d'échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.  


Points + : le personnage de Turtle, les pensées retranscrites, la façon dont tout est amené
Points - : le style narratif

TW (que je masque pour éviter les spoils éventuels)
Inceste, viol, violence, sang, pédophilie

Avis :
    J'ai reçu ce livre à Noël de la part de ma cousine, je ne connaissais pas du tout et je pensais que c'était une sorte de road-trip d'une jeune fille qui fuit son père. Mais non ! Je ne m'attendais pas non plus à ce que j'ai lu, c'était une bonne surprise au final. 

    Julia - dite Turtle - habite seule avec son père dans un endroit reculé de la Caroline du Nord. Son père est un homme sadique, pervers, charismatique et manipulateur, persuadé que la fin du monde est proche. Prise dans ce quotidien qui pour elle est la norme, elle se rend compte de l'anormalité de sa situation en rencontrant Jacob et Brett, deux jeunes adolescents qui lui font voir ce que peut être l'affection, l'empathie et la compréhension. Il reste alors à Turtle de démêler ce qui doit l'être et obtenir la liberté qui lui revient de droit. 

    Que je vous prévienne tout de suite, ce livre est un vrai drame. L'ambiance est vraiment pesante, je ne sais pas si c'est lié au fait que la maison est décrite comme un taudis, ou parce que Julia est morose et s'exprime peu au premier abord ou si le père amène cette ambiance à lui seul. Ce qui est sûr, c'est qu'on est pas serein : le père et la fille tirent souvent à balle réelles sur des petites cibles très difficiles à avoir, le père enchaîne les bières tout en traitant son propre père de poivrot, ils ne s'expriment que par vulgarité et ils vivent reclus. 

    C'est vraiment l'ambiance du début du livre : on est dans l'Amérique profonde - qui voterait sûrement pour Trump - à tel point que je me suis demandé si tout le monde n'était pas un peu perdu dans ses propres pensées tordues.
    Au fil du livre, on comprend que c'est l'histoire d'une prise de conscience, du réveil de Turtle qui redevient Julia. On sent tout de suite que la dynamique est malsaine, on s'attend au pire, et ça sera le pire (voir TW). Lorsque Julia rencontre Jacob, ça fait tilt en elle et tout fait sens dans son esprit, ou presque. C'est alors que l'histoire commence réellement et que la course pour sa liberté débute. C'est vraiment fait subtilement et la façon qu'à Gabriel Tallent de le montrer est formidable. Autant, il décrit des scènes affreuses avec beaucoup de détails, mais il détaille aussi beaucoup ce cheminement de pensée qui s'opère en Turtle. 

    J'ai adoré ce livre, malgré l'ambiance grave qu'on y trouve. J'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire - petite panne de lecture de 3 semaines mesdames et messieurs - mais je ne regrette pas de l'avoir fini. J'ai eu du mal à adhérer au style narratif. Tout y est bien décrit mais lors des dialogues, j'ai eu du mal à distinguer ce qui relevait des pensées de Turtle de ce qu'elle disait ou faisait - vous pouvez voir un peu comment c'est écrit avec l'extrait plus bas. Mais finalement, au bout d'une cinquantaine de pages, on s'y fait, et l'ambiance m'a fait freiner ma lecture. Mais je ne regrette pas. C'est un livre qui mérite d'être lu, mais pas pour les esprits les plus sensibles - j'ai sauté des pages entières, pauvre de moi.

    Comme l'indique la quatrième de couverture, le personnage de Turtle est vraiment inoubliable. Au départ, vous allez certainement être un peu décontenancé par sa sauvagerie, sa vulgarité et sa naïveté. Je n'ai pas réussi à adhérer à ce personnage tout de suite, elle n'était pas attachante, limie méchante. Puis, on comprend, on voit les choses qui se passent dans sa vie, son envie de réussir à l'école malgré son père qui dit que ça ne sert à rien, son envie de s'en sortir, puis son envie de vivre. C'est comme si elle devenait plus humaine au fil des pages. On finit par avoir envie de l'encourager à s'en sortir, à espérer pour elle. Quelques personnages plus sains gravitent autour d'elle - le grand-père et Jacob - mais sont plus des éclairs de joie qu'un réel tremplin dans sa vie.
    Son père, par contre, vous n'allez même pas adorer le détester. Vous allez le détester tout court. Il est détestable, dégoûtant, pernicieux, lâche, menteur, manipulateur, pervers, inconscient, voire bête. Comme Turtle, on ne sait pas sur quel pied danser avec lui. A la fois on a envie de l'apprécier parce qu'il compte beaucoup pour elle, mais il lui fait du mal dans ses paroles puis dans ses gestes. On connaît sa nature malsaine plus tôt que Turtle. 

    En conclusion, un livre à ne pas mettre entre toutes les mains mais que je recommande quand même pour son personnage principal qui est un exemple de force et de maturité. Le récit est plutôt lent mais on peut alors observer toutes les ficelles de la perversion qui se cassent. Je lirais certainement d'autres romans de l'auteur, ou du moins, plus de romans américains. J'espère que vous y adhérerez aussi !

Pour aller plus loin :
Se plonger déjà en Caroline du Nord
Entretien avec Gabriel Tallent - petits spoilers


Chapitre 3, page 57 :
"Turtle teste la lame sur son pouce, elle regarde son père.
- En voilà, une putain de leçon de vie, dit-il.
Elle fait tourner le couteau entre ses mains, hésitante.
- Tu me fais pas confiance, c'est ça ? dit-il.
- Si, je te fais confiance, dit-elle.
Et elle pense, Tu es dur avec moi mais tu es bon envers moi, et j'ai besoin de cette dureté. J'ai besoin que tu sois dur avec moi parce que je ne vaux rien •par moi-même, et tu me pousse à faire ce que je veux mais que je n'arrive pas à faire seule ; et pourtant, et pourtant... parfois tu n'es pas prudent. Il y a quelque chose en toi, quelque chose de pas prudent, de presque... Je ne sais pas, je ne suis pas sûre, mais c'est là en toi et je le sais."

 


Ce livre a été lu dans le cadre du Défi Lecture 2021
3/100

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• La colline aux esclaves de Kathleen Grissom
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Prochaine chronique :
Bulles en vrac #11

vendredi 30 août 2019

La couleur pourpre

Titre : La couleur poupre
Titre original : The colour purple
Auteur : Alice Walker
Traduction : Mimi Perrin
Édition : Robert Laffont (Pavillons poche)
Parution : 2016
Nombre de pages : 368
Synopsis : Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Célie, deux jeunes noires, sœurs tendrement unies, n'ont cessé de s'écrire. Mais aucune missive, jamais, n'est parvenue ni à l'une ni à l'autre. C'est que Célie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d'un mari cruel qui déchire toutes les lettres venues d'Afrique - où Nettie est missionnaire. Alors Célie, la femme-enfant, écrira via le bon Dieu, qui, lui, sait tout... Pourquoi entre elles, cette correspondance déchirée et sans fin, obstinée, presque immatérielle ?





Avis :
    Ce qui est bien avec les résolutions, c'est qu'on en prend toujours des nouvelles en cours de route. Moi par exemple, j'avais prévu d'apprendre la langue des signes. Je ne sais encore rien dire. Mais par contre, j'ai pris la résolution de lire les livre présentés dans le Our Shared Shelf dont La couleur pourpre fait partie. C'était une lecture fastidieuse mais finalement convaincante.

    Célie et Nettie sont les ainées d'une grande fratrie. Sous le joug d'un père incestueux et violent, elles s'entraident malgré les sévices subis. Célie ayant déjà subit l'inceste, elle épargne cependant à Nettie le mariage avec un homme violent et sans cœur en l'épousant elle-même. C'est le début de l'éloignement entre ces 2 sœurs fusionnelles, puisque le mari de Célie interdira à celle-ci de communiquer avec sa Nettie et cachera pendant des années les longues lettres que cette dernière envoie à leur domicile. Sous le joug d'un mari violent, Célie élèvera ses enfants, et découvrira l'amour, et subira sa vie qu'elle décrit au "bon Dieu". Nettie elle, partira en Afrique sur la terre de ses ancêtres en mission humanitaire, avec toujours dans le cœur l'espoir de revoir cette sœur si chère.

     On sent déjà avec ce synopsis que le récit est loin d'être le plus joyeux que vous ayez lu, hein. C'est vrai. J'ai souvent eu les larmes aux yeux. La vie de ces deux sœurs est extrêmement difficile, surtout celle de Célie. Célie qui vit l'inceste, la violence de son mari, la solitude, l'ignorance, l'irrespect, tandis que Nettie, la cultivée, trouve un poste de perceptrice pour une famille noire aimante et compréhensive. À travers leurs deux récits les voit subir le sexisme, le racisme, et chacune d'elle finit par se battre pour leur propre liberté l'égalité et surtout, leur indépendance en tant que femmes. J'ai davantage accroché avec les lettres de Célie, pleines de fautes de langage, parfois vulgaires et crues, mais qui sont pleine de naïveté - parfois à un tel niveau qu'on a envie de lui expliquer nous-même. 

    Malgré sa naïveté, Célie est la patience faite femme. Elle possède une grande clairvoyance mais n'a pas la culture ou même les outils pour arriver à se rebeller, s'exprimer. Elle possède un "franc penser" sans pour autant arriver à exprimer tout haut le fond de ses pensées. Nettie est la plus cultivée, la plus empathique. Si bien que j'ai regretté que ses lettres arrivent tard dans le récit et qu'on ne la voit pas s'exprimer plus. 
    Le personnage fort de ce livre reste bien Shug : une femme noire "croqueuse d'hommes" qui se fiche pas mal du "qu'en dira-t-on" et qui a passé sa vie à traîner les bars pour chanter et parfois ramener quelques conquêtes. Elle est celle qui va sortir Célie de sa torpeur, lui faire découvrir l'affection et même l'amour. 

    L'histoire est prenante en général : on a envie de savoir ce qu'il adviendra de Célie, de sa relation avec Shug. On a envie de savoir si les deux sœurs se retrouvent au final. D'autres intrigues se mêlent aux histories de Célie et Nettie et finalement, pas de longueurs, pas d'ennui et de beaux messages de liberté dispersés tout au long du roman. Cependant, je tiens à souligner deux petits points qui ont gêné ma lecture, notamment au départ.
     D'abord, le style narratif est perturbant. Ce n'est ni de l’épistolaire, ni un récit direct. Un mix des deux je dirais. Peut-être est-ce fait exprès, dans le but de distinguer les lettres de Célie et de Nettie - ces dernières étant mieux construites et avec un phrasé plus élégant.
    Aussi, pas de repères temporels tout au long du livre. On ne sait pas en quelle année on se situe, on ne sait pas combien de temps s'écoulent entre les lettres, les péripéties s'enchaînent parfois sans transition... c'est le point qui m'a le plus dérangé, mais finalement, on s'y fait. 


    En conclusion, une bien belle découverte, loin d'être un coup de cœur mais je ne regrette pas cette lecture. Un récit un peu haché mais de biens beaux personnages que l'on voit évoluer avec leur temps et leur vécu. Un des livres les plus féministes lu cette année !
    


Page 223 :
"Tu vois, c'est pas possible de lire la Bible sans croire que Dieu est blanc, elle soupire. Moi, quand j'ai su ça et qu'en plus c'était un homme, il m'a plus intéressée. Tu te plains qu'il a pas l'air d'écouter tes prières ? Tu m'étonnes !


Lu dans le cadre du Défi Lecture 2019
11/100

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• La couleur des sentiments de Kathryn Stockett
• Les Suprêmes de Edward Kelsey Moore
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Prochaine chronique :
Pourquoi pas nous ? de Becky Albertalli et Adam Silvera

lundi 8 octobre 2018

Le complexe du papillon

Titre : Le complexe du papillon
Auteur : Annelise Heurtier
Édition : Casterman
Parution : 2016
Nombre de pages : 195
Synopsis : Qu'est-ce qui fait qu'une adolescente sportive, a priori bien dans sa peau, va basculer dans l'anorexie ? Il peut y avoir mille déclencheurs : la mort d'une grand-mère adorée, la réserve d'une mère, le regard des autres, ou de soi-même sur son propre corps, la naissance du désir, de l'amour, le dictat de la mode, internet... Petit à petit, Mathilde va tomber puis s'enfermer dans sa maladie... Démunie, son amie Louison refuse de la voir se détruire. Mathilde devra trouver en elle la solution pour résister et s'en sortir.





Avis :
     Pour ce livre, tout est parti de Twitter : j'avais demandé à mes abonnés - et au-delà - quels livres évoquaient les maladies mentales ou troubles du développement. Ayant été étudiante en psychologie, je redoute particulièrement les livres qui se méprennent sur la nature ou sur le développement d'une maladie ou d'un trouble. Il est assez pénible de tomber sur des synopsis mettant en avant une bipolarité du personnage pour ainsi se rendre compte que le personnage en question passe simplement du coq à l'âne dans son comportement - ce n'est pas de la bipolarité. L'objectif était de trouver des livres abordant le sujet le plus justement possible, et sans éternels clichés.

    Mathilde est collégienne. À la rentrée, elle découvre qu'une de ses camarades de classe s'est transformée : d'abord boulotte, elle est devenue le temps d'un été, un véritable papillon. Les premiers complexes arrivent pour Mathilde : comme sa camarade et comme Cara Delevingne,  elle voudrait avoir une taille fine et le thigh gap, un espace qu'ont les filles minces entre leurs cuisses. Mathilde veut tout d'abord faire un régime, puis c'est vite trop...

    Ce livre aborde donc le sujet délicat de l'anorexie mentale. Un sujet difficile, mais qui, curieusement, est abordé de façon simple, douce, sans se départir de sa facette inquiétante. À travers la vie de Mathilde, on suit les débuts insidieux de la maladie. En effet, elle se confronte aux images de mannequins, lui donnant de nouveaux complexes. Mathilde ne peut pas abandonner ce mal être en en discutant avec autrui : d'abord, elle pense que ses parents trouveront le problème futile, ils seront probablement trop préoccupés par leur travail ; ensuite, bien que son amie Louison l'encourage à s'amincir, Mathilde fait la sourde oreille quand il s'agit de s'arrêter. La seule qui aurait pu la réconforter, c'est sa grand-mère, malheureusement disparue. 
    Certains lecteurs ont trouvé que le sujet de l'anorexie était abordé beaucoup trop superficiellement, beaucoup trop simplement. C'est vrai, mais pour ne rien vous cacher, je préfère ça. J'ai apprécié qu'il soit traité de cette façon et pas de façon brutale, avec des détails à nous faire frémir. C'est abordé de façon assez claire pour nous faire comprendre la gravité de ce qui se passe, sans pour autant nous faire peur. Je pense notamment aux jeunes filles, qui sont la cible principale de ce genre de roman. 

    J'ai été très touchée par le personnage de Mathilde. J'aurai aimé lui ressembler lorsque j'étais au collège, mais loin de moi l'idée de complexer ! La jeune fille ressemble finalement à une adolescente lambda, en plus d'être particulièrement gentille, sportive et enjouée. On se retrouve vite impuissant face à sa descente aux enfers. On a assez vite envie de la protéger, de la conseiller, de la secouer aussi, un peu, lui faire prendre conscience de choses...
    Son amie, Louison, n'est pas en reste : c'est une des copines les plus chouettes que vous rencontrerez dans la littérature. Elle est très loyale, aimante, et très inquiète aussi. Elles font la paire, avec Mathilde. 

    En conclusion, le récit en lui-même est simple mais très addictif. On a envie de connaître l'issue de ce petit morceau de la vie de Mathilde. Le livre se finit néanmoins assez rapidement avec ses 195 pages mais il est assez fort pour marquer les esprits, le mien, en tout cas. Il aborde certes le sujet de l'anorexie mentale, mais aussi du deuil, la solitude, les complexes : je ne l'ai pas trouvé superficiel du tout. Au travers de ces sujets douloureux, on retrouve quelque chose de frais, de léger, puisque Mathilde évoque l'amitié, l'attachement à sa famille, son amour du sport et sa volonté.
    Je pense que c'est une lecture qui s'avère importante, notamment pour les adolescents, à qui je le recommande fortement.



Chapitre 6, page 50 :
"Je sais bien qu'il est inutile de se comparer à des mannequins. Mais après plusieurs heures passées à observer des corps parfaits, le contraste a dû être trop violent pour mes yeux et la clémence de mon jugement. Je me suis fait l'effet d'une fille sans style, sans grâce, suffisamment bizarre pour préférer, à toute autre chose, courir autour d'un stade ou à travers les bois. Une fille en sweat et leggins, assise en travers d'un lit dans une ferme sombre, l'estomac encore lourd d'une tarte aux prunes - ou peut-être aux poires ? - avalée sans même y prêter attention."


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vendredi 29 juin 2018

La colline aux esclaves

Titre : La colline aux esclaves
Titre original : The kitchen house
Auteur : Kathleen Grissom
Traduction : Marie-Axelle de La Rouchefoucauld
Édition : Pocket
Parution : 2016
Nombre de pages : 528
Synopsis : États-Unis, 1791. Lavinia, jeune orpheline irlandaise, se retrouve domestique dans une plantation de tabac. Placée avec les esclaves noirs de la cuisine, sous la protection de Belle, la fille illégitime du maître, elle grandit dans la tendresse de cette nouvelle famille.
Cependant, Lavinia ne peut faire oublier la blancheur de sa peau : elle pénètre peu à peu dans l'univers de la grande maison et côtoie deux monde que tout oppose. Jusqu'au jour où une histoire d'amour fait tout basculer... Le petit monde de la plantation est mis à feu et à sang, de dangereuses vérités sont dévoilées, des vies sont menacées...


Avis :
    Énormément conquise par le magnifique roman de Kathryn Stockett La couleur des sentiments, je n'hésite pas à me pencher vers les livres qui traitent de la ségrégation voire de l'esclavage aux États-Unis (je n'ai pas eu l'occasion de voir un livre traitant de l'esclavage ailleurs qu'aux USA). Je me suis donc intéressée de plus près à ce roman de Kathleen Grissom et malheureusement, ça n'a pas marché.

    Lavinia est une enfant perdue recueillie par une famille de riches Blancs possédant des plantations. Ils décident de la confier au quartier des esclaves, qui la prennent en affection et la considèrent comme étant de leur famille. Le temps passe et alors que Lavinia devient une jeune fille, elle ne peut ignorer plus longtemps cette différence qui va la séparer de sa famille adoptive.

    Parlons bien, parlons d'abord de ce que j'ai apprécié. Euh... alors en fait. Euh... je... Bon en fait, je n'ai pas de point que j'ai apprécié tout particulièrement. C'est un peu décevant parce que j'attendais beaucoup de ce livre.
    Tout de même, je dois avouer que l'histoire est prenante. Au fil des pages, j'avais de plus en plus envie de découvrir ce qu'il allait advenir de Lavinia. Cependant, ce n'est pas le personnage que j'ai préféré, loin de là. J'ai davantage été attirée par l'histoire de Belle, sa mère adoptive Noire ou encore par l'évolution de Mme Martha et sa santé fluctuante. Ça partait quand même déjà mal : je n'accrochais pas avec l'héroïne, celle autour de qui tourne l'histoire. Elle possède très peu de lignes de dialogues - elle est incapable de parler au début du livre - et tous les évènements qui l'entourent son décrits de manière morne et à demi-mots.

    C'est la seconde raison pour laquelle je n'ai pas accroché avec ce roman : les scènes décrites le sont à demi-mots. Remettons-nous dans le contexte : des Noirs sont sur-exploités par une riche famille de Blancs. Ces Noirs sont confrontés à des choses tout à fait atroces - violences, malnutrition, saleté, maladies, viol, fatigue... - et alors, je m'attendais à plus de descriptions, tout de même. Alors n'allez pas croire que je voulais une description d'un viol ou de coups de fouets en détails mais parfois, on nous lance des indices sur le déroulement d'une scène et après... et bien : libre interprétation ! J'ai été très souvent perdue à cause de la façon dont les scènes étaient décrites. Tout est expliqué à demi-mots, on ne sait pas où ça va, ni où la phrase veut en venir.
    Parfois j'ai été surprise comme "Mais attend donc lui il est mort ? Et elle, elle était pas malade ? Puis lui, il était pas avec cette femme ?". Hey, c'est compliqué à suivre. On nous présente une scène style "Monsieur X va voir Madame Y, il la frappe, elle est blessée". Et donc ? Elle est blessée... et quoi ? Moi, je suis inquiète ! Bah deux chapitres suivants on apprend que la madame va bien. Ou alors qu'elle est morte. Je ne sais plus. Mais voyez un peu le style ? On nous décrit une scène - sans dialogue ou presque - et puis bah... on sait plus. Presque tous les chapitres finissent sur une note sombre, parfois avec une note d'espoir, mais au chapitre suivant, le sujet s'envole comme par magie et on passe à autre chose. Ceci est : frustrant.

    Outre ce récit que je trouve brouillon, je dois avouer qu'on est plongé en plein dans l'Amérique du 19ème siècle. Je n'ai eu aucun mal à me représenter l'environnement où vivait Lavinia et ses maîtres. On ne peut pas enlever ça à l'auteure : elle montre parfaitement la vie d'esclave ou de Blanc au temps de l'esclavage - du moins vers sa fin. On arrive assez bien à se représenter quelles peuvent être les conditions de travail d'un Noir comme Ben ou la vie morne d'une femme Blanche mariée à un riche propriétaire comme peut l'être Mme Martha.

    Deux périodes composent le livre : l'enfance de Lavinia et sa vie de jeune femme. Bon, la période de son enfance est...... longue ! Mais longue... ! Il m'est arrivé de lire des passages que je jugeais presque inintéressants. Il faut dire que dans cette partie du récit, Lavinia ne parle presque pas et tout ce qu'elle vit est décrit par ses yeux. On ne sait pas spécialement ce qu'elle ressent, elle ne fait pas de commentaires. Fanny et Beatie sont ses deux copines d'enfance et malgré une forte présence de ces personnages, je les ais trouvées fades. Vraiment, c'était un début fastidieux pour moi.
    J'ai nettement préféré sa vie de jeune femme : c'est le moment où son cœur est concrètement partagé entre sa famille noire et sa vie de blanche. Elle devient une femme plus affirmée et elle en devient du coup, plus attachante. J'ai regretté que mon intérêt pour l'histoire apparaisse si tard. Cette partie du récit met en avant Marshall - vous vous en ferez votre propre avis ! - ou encore Belle, papa George ou sa femme. On voit vraiment le clivage entre Noirs et Blancs et enfin j'ai trouvé un intérêt à cette lecture. Malheureusement, ce regain d'intérêt ne me permet pas de l'apprécier à sa juste valeur, j'imagine.
    Certaines chroniques mettent en avant l'aspect affectif du livre dans le sens où, malgré la blancheur de peau de Lavinia, sa priorité reste sa famille adoptive tout au long du livre. J'en ai bien conscience. J'ai compris le message mais je suis restée tout à fait imperméable à tout sentiment. Même cet aspect-là ne m'a pas conquise. Je n'explique pas comment cela a pu se passer puisque je suis assez sentimentale dans le genre...

    En conclusion, je suis très déçue. J'ai lu pas mal de chroniques qui en disaient beaucoup de bien et j'aurai aimé partager ces avis. Mais j'ai eu beaucoup trop de déceptions tout au long de ma lecture : un récit incertain, une héroïne qui met du temps à s'affirmer, des personnages secondaires présents mais souvent assez neutres, et un synopsis vendeur mais fallacieux. Heureusement, il reste l'ambiance pour s'imprégner du contexte historique, mais c'est bien assez peu pour apprécier l'ensemble.



"Ses mots me rassurèrent, mais, ce jour-là, je découvris une nouvelle réalité et pris conscience d'une ligne tracée en noir et blanc, bien que sa profondeur ne signifiât pas encore grand chose pour moi."


Lu dans le cadre du 
Challenge des pavés

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mardi 31 mai 2016

Mille soleils splendides

Titre : Mille soleils splendides
Titre original : A thousand splendid suns
Auteur : Khaled Hosseini
Traduction : Valérie Bourgeois
Édition : 10/18
Parution : 2013
Nombre de pages : 409
Synopsis : A Kaboul, Mariam endure un mariage contraint avec un homme violent. L'arrivée de la jeune Laila sous son toit est une épreuve de plus. Mais, entre ces femmes que tout oppose, la rivalité va bientôt faire face à une indéfectible amitié... Et à l'espoir d'une autre vie.







Avis :
    J'ai mis beaucoup de temps à me décider de lire ce livre. Emprunté une première fois sans vraiment accrocher, puis obtenu à Noël 2015, et perdu dans les étagères. Et puis je me décide à vider un peu ma PAL, mon choix se porte sur ce livre. Aucune déception ! Coup de cœur !

 
    Au départ, le récit se concentre sur Mariam, son enfance avec sa mère malade - psychologiquement parlant - et un père qui vient la voir très peu mais dont elle savoure les instants. Mariam est une harami - une bâtarde - et sa mère n'a de cesse de le lui rappeler comme elle est maudite. Des années plus tard elle décide de laisser sa mère possessive une journée entière pour passer la journée dans la maison de son père riche, accompagné de ses femmes et de ses enfants. Son destin va alors basculer. Elle se retrouve contrainte d'épouser un homme qu'elle ne connait pas et qui a des dizaines d'années de plus qu'elle. Elle se rendra compte alors quel homme violent il est. 
    La seconde partie du  roman se focalise sur Laila, la fille d'un ancien professeur d'université. Elle est jeune, va à l'école, a des amies fidèles et un meilleur ami, Tariq. Elle mène une vie à peu près paisible - en tout cas bien plus paisible que celle de Mariam - mais le destin se joue d'elle, et après avoir eu tous les espoirs du monde à quitter le pays en guerre, elle se retrouve sous le toit de Mariam, qui la voit comme une intruse. Ensuite, le récit s'alterne entre les deux protagonistes.

    L'intrigue prend place au début du conflit en Afghanistan, à la fin des années 70 : conflit qui a permis de renverser la dictature en place, et de poser un régime communiste. Entraînant par la suite un soulèvement rebelle, et l'instauration d'une République islamiste. J'avoue avoir été un peu perdue, et j'avoue aussi ne rien y connaitre sur le conflit en Afghanistan - merci Wikipédia pour l'aide. J'ai dû réellement arrêter la lecture parce que j'avais du mal à m'y retrouver historiquement et dans l'histoire de "qui était allié avec qui". Quand la narration passe à Laila, son père parle beaucoup avec elle du contexte historique et je me suis perdue. C'est en réalité une part très importante du livre étant donné qu'avec tous ces changements de gouvernements, les droits des femmes ont beaucoup changé. 

   Laila et Mariam n'ont pas eu la même vie mais elles vivent toutes deux des injustices dont elles ressortent apeurées et affaiblies. Toutefois, il leur reste tout le long quelque chose d'essentiel : l'espoir. Ce livre respire l'espoir dans toutes les pages tournées. Tout le long du livre j'ai espéré qu'elles s'en sortent et que ça aille mieux pour elles, que ce qu'elles entreprendront réussira.
    J'ai eu une petite préférence pour l'histoire et la personnalité de Laila, que je trouve plus affirmée et plus déterminée. Son tempérament provient peut-être de ses parents... voire de son parcours scolaire. Quelles conclusions en tirer ? Je vous laisse chercher. 
    L'auteur dépeint une autre image de l'Afghanistan : il casse parfois les clichés, nous offre deux visions différentes d'un concept (le port du voile par exemple) et nous montre aussi deux faces des femmes dans le pays : celles qui acceptent et celles qui subissent.

    Il est très difficile de faire une chronique avec mes mots futiles quand quelque chose de si complexe et de si beau est abordée d'une façon si intelligente. Ce livre ne comporte pas un seul thème mais des dizaines. Il est tantôt triste et dur et tantôt on se perd dans des moments joyeux - plus rares, c'est pour ça que les héroïnes les savourent. Il m'a fallu tout de même parfois stopper ma lecture face à des scènes qui ont été un peu trop dures pour moi du genre "Oh, là j'ai trop lu de choses tristes je reviens au livre dans... une heure !". Je vais certainement pas vous conseiller ce livre pour vous remonter le moral, je pense qu'il n'est pas fait pour.  Quoique... Mais je vous le conseille pour toutes les choses qu'il y a dedans, à commencer par la plume de l'auteur, en passant par le contexte historique que certains ignorent et pour finir pour le merveilleux message qui s'en dégage, tout le long.


Deuxième partie, chapitre 16, page 117 :
"Très tôt, il avait expliqué à sa fille que sa plus grande priorité dans la vie, juste après sa sécurité, était qu'elle aille à l'école.
"Je sais que tu es encore jeune, disait-il, mais je veux que tu comprennes une chose dès maintenant : le mariage peut attendre. Pas l'éducation. Tu es une fille très, très intelligente. Vraiment. Tu pourras faire ce que tu veux plus tard, Laila. Je le sais. Et je sais aussi que lorsque cette guerre sera terminée l'Afghanistan aura besoin de toi autant que de ses hommes, et peut-être même davantage. Parce qu'une société n'a aucune chance de prospérer si ses femmes ne sont pas instruites, Laila. Aucune chance."
♥

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• Max de Sarah Cohen-Scali
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vendredi 24 octobre 2014

Blast - tome 1 : Grasse carcasse

Titre : Blast - Grasse carcasse
Auteur : Manu Larcenet
Édition : Dargaud
Parution : 2009
Nombre de pages : 204
Synopsis : Un homme est en garde à vue, deux flics le cuisinent. En douceur, sinon il risque de se verrouiller. L'homme s'appelle Palzo Mancini, il a 38 ans, il est obèse et, avant de tout quitter pour tailler la route direction l'île de Pâques, il était écrivain. Maintenant il est en garde à vue parce qu'il a fait quelque chose à Carole Oudinot, quelque chose de grave. Les flics sont là pour essayer de comprendre, et Polza se raconte, tranquillement.




Avis :
  Encore une bonne bande-dessinée de Manu Larcenet. Des dessins sombres mais assez jolis, et avec une histoire aussi sombre que ces dessins. Ce premier tome se termine brutalement, elle nous laisse sur notre faim. J'aurai dû prévoir étant donné qu'il y a 4 tomes mais quand même.

  Le personnage de Polza reste mystérieux du début à la fin. On le prendrait d'abord pour un détraqué mais finalement c'est juste un rêveur qui veut s'échapper de tout ce qu'il a toujours connu. Un peu trop rêveur à mon goût. Il raconte sa vie, son enfance, la maladie de son père, sa femme et puis d'un coup il raconte comment il part dans la forêt. Là-bas il est libre. On ne comprend pas bien le mode de fonctionnement de Polza - les flics non plus vous me direz - mais peut-être que ça s'éclaircira ensuite allez savoir. 

  Je vois ce premier tome comme une sorte d'introduction au personnage et avec pas beaucoup de péripéties qui permettent de juger le scénario. On comprend que Polza était triste, qu'il menait une vie assez terne et qu'il a perdu toute sa famille, mais l'objectif premier de la garde à vue n'est pas souvent abordé. Sans remettre en cause le talent de Manu Larcenet, je pense que je vais surtout lire les 3 autres tomes avant de juger complètement cette série, il se pourrait que ça soit très fascinant et qu'on finisse sur quelque chose d'inoubliable.


Vous pourriez aimer : 
• Le combat ordinaire, intégrale de Manu Larcenet
• Mon ami Dahmer de Jeff Backderf

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jeudi 28 août 2014

Lydie

Titre : Lydie
Auteur : Zidrou
Édition : Dargaud
Parution : 2010
Nombre de pages : 60
Synopsis : Avez-vous déjà entendu parler de "l'impasse du bébé à moustache" ? Ne cherchez pas ce bout de rue sur un plan, vous perdriez votre temps ! Seuls Zidrou et Jordi Lafebre peuvent vous y conduire ! Les habitants de l'impasse, les "moustachus", partagent les joies et les peines du quotidien sous le regard d'une statuette de madone à l'enfant Jésus. Alors quand Camille, jeune femme simple d'esprit, perd sa petite Lydie tout juste née, tous les habitants la soutiennent. Ils sont solidaires à nouveau lorsque Camille leur annonce le retour miraculeux de sa petite fille. Mieux vaut un joli mensonge qu'une vilaine vérité, pensent-ils tous. Seulement qu'arrive-t-il quand la vérité reprend ses droits ?



Avis : 
  On commence l'histoire avec les Moustachus - les habitants de l'impasse du Bébé Moustachu - et plus particulièrement Camille, une jeune femme en train d'accoucher. Malheureusement, le bébé est mort-né, alors la petite Lydie est enterré près de l'ex-femme de son grand-père. Les ragots vont bon train dans l'impasse - cette Camille ne connait pas le père, elle a été punie par le Seigneur - mais un jour, Camille dit que son bébé est revenu... et c'est là que l'impasse changera.

  En réalité, Lydie n'est pas revenue : Camille nie simplement le fait qu'elle soit décédée et donc, pour elle, son bébé est toujours là, dans son berceau. Les habitants et sa famille vont tenter de la raisonner, mais devant le malheur de cette jeune femme, ils vont tous jouer le jeu, sans exception. Les enfants joueront avec la petite Lydie, la maîtresse fera semblant de lui donner les devoirs et jamais au grand jamais on ne dira à Camille que son enfant n'existe plus.

  Cette BD, bien que commençant assez tristement il faut le dire, se révèle être un grand exemple de gentillesse et de solidarité. Toute la rue, et presque toute la ville jouera le jeu, de façon parfois assez absurde mais avec une telle gentillesse et un tel réalisme que ça fera toujours plaisir à Camille, et même à nous. Ce livre aborde le thème des dénis de décès avec légèreté et douceur, même si parfois ça m'a fait de la peine pour cette pauvre Camille de vivre dans le mensonge.

  Une Bande-dessinée à lire, je vous la conseille vivement, elle ne vous laissera pas indifférents et vous garderez vous aussi le souvenir de Lydie.




Vous aimerez peut-être :
• 14-14 de Paul Beorn et Silène Edgar
• Les folies Bergère de Zidrou et François Porcel
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lundi 2 juin 2014

Boys don't cry

Titre : Boys don't cry
Auteur : Malorie Blackman
Traduction : Amélie Sarn
Édition : Milan (Macadam)
Parution : 2009
Nombre de pages : 287
Synopsis : Dante attend les résultats de ses examens. Le courrier qui lui ouvrira les portes de l'université. De sa future vie. Celle dont il a toujours rêvé.
Mais, quand on sonne enfin à la porte, ce  n'est pas le facteur, c'est Mélanie. Son ex-copine, dont il n'a plus entendu parlé depuis des mois. Avec un bébé. Le sien. Le leur.
Être père à 17 ans ? Il y a de quoi pleurer. Mais les garçons ne pleurent jamais.




Avis : 
  Un petit coup de cœur ce livre ! Il a tout ce qu'il faut pour plaire : de la joie, du suspens (si, si !), de l'amour, des leçons de vie, quel bouleversement en 287 pages ! J'ai presque failli verser une larmichette à 2 reprises - et non je vous dirais pas quand !


  On est tout de suite plongés au cœur du problème : Dante reçoit Mélanie, son ex, accompagnée de sa fille, Emma. Par un moyen assez lâche - il faut le reconnaitre - elle lui laisse leur fille sur les bras, provoquant un véritable chamboulement dans cette famille d'hommes. Au départ, c'est une famille qui semble assez peu soudée, ou en tout cas, les manifestations de sentiments et d'affection sont quasiment inexistants, mais ce petit bébé va faire apparaître chez eux des comportements et réactions qu'ils ne soupçonnaient pas les uns des autres. C'est ça que j'ai trouvé très mignon : cette solidarité qui se met en place pour aider Dante - qui, avec une mauvaise foi évidente ne se rend pas compte des sacrifices mis en place par son père principalement. Au début, Dante se révèle être très égoïste et passe par le déni de paternité - ça existe ? - et ensuite envisager les pires suites possibles à son avenir. C'est aussi ce que j'ai apprécié : Dante a une grande capacité à se remettre en question et essaye tout de même de faire au mieux pour sa fille qui reste désormais le seul but de sa vie. 
  J'ai trouvé que ce livre était très réaliste - en tout cas pour ce qui est des pères/mères adolescents - et qu'effectivement Malorie Blackman aborde toutes les difficultés et les joies auxquelles sont confrontés les (jeunes) parents. Rien à dire là dessus, je pense que le sujet est traité avec beaucoup de justesse.


  Il est beaucoup aussi questions de sentiments, des relations familiales : pas seulement entre Dante et sa fille mais aussi entre Dante et son père, Dante et son frère, et même la relation "du père au fils" est assez largement traitée. Sans mère, cet environnement masculin se croit assez fort mais est pourtant assez faible pour laisser entrevoir quelques failles du passé, et tout le long du livre, cette absence de communication se révèle être un lourd fardeau.


  On alterne les passages narrés du point de vue de Dante et du point de vue d'Adam - son frère - bien que celui-ci soit plus rare. Un sujet est également traité de façon assez claire : l'homophobie. Je ne dirais pas l'homosexualité parce qu'elle est à peine révélée dans le début du livre et vite, on constate que la "phobie" prend la place de l'homosexualité, c'est traité assez profondément pour qu'on se sente concerné et assez superficiellement pour qu'on oublie pas le but premier du livre, mais je pense surtout qu'elle a été insérée pour démontrer l'amour fraternel et les choix que nous sommes amenés à faire toute notre vie. 

  C'était un livre tellement fort et qui, j'en suis sûre, restera dans ma mémoire. Je pourrais en parler - et écrire dessus - pendant des heures encore. On pourrait être amené à se dire que finalement, avec un enfant jeune à 17 ans, on peut s'en sortir, mais c'est pas exactement le message que veut délivrer l'auteure à mon avis. Ça amène à réfléchir, et peut-être que certains changeront leur manière de penser suite à la lecture de ce livre.

"Je me suis assis dans le fauteuil face à la poussette et j'ai observé le visage tout plissé du bébé. Des larmes roulaient sur ses joues. Tout en pleurant, il me regardait le regarder. Je me suis dit à cet instant que lui et moi, on ressentait peut-être exactement la même chose. Et il pleurait et pleurait et pleurait de plus en plus fort. Il avait de la chance. J'aurais vraiment voulu en faire autant. Mais les garçons ne pleurent pas. C'est ce que Papa nous a toujours dit et répété à Adam et moi. Et puis ça n'aurait servi à rien."

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• Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris
• Mille soleils splendides de Khaled Hosseini

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lundi 14 avril 2014

Quand j'avais 5 ans je m'ai tué

Titre : Quand j'avais 5 ans je m'ai tué
Titre original : When I was five I killed myself
Auteur : Howard Buten
Traduction : Jean-Pierre Carasso
Édition : Points
Parution : 2000
Nombre de pages : 208
Synopsis : Gil n'a que 8 ans. Mais son petit cœur a déjà connu de grands sentiments. Trop grands. Trop forts. Pour avoir fait du mal à Jessica, le voici dans une résidence spécialisée. Seul, face à la bêtise des adultes, qui transforment ses rêves en symptômes cliniques, et son amour en attentat. Qui pourra l'en délivrer ?






Avis : 
  C'est sans doute le coup de cœur du mois ! J'ai directement été touchée par ce petit Gilbert, tout franc, tout gentil et tout plein d'imagination. Et tout plein de fautes de français qui, pour une fois, font rire. Certaines de ses remarques sur le monde qui l'entoure m'ont fait vraiment éclater de rire. Malgré le thème abordé qui est assez grave - les enfants placés dans une résidence spécialisée car jugés dangereux - il est ici traité assez légèrement, comme toujours quand c'est vu avec les yeux d'un enfant. On apprend les raisons de son placement rien qu'à la toute fin du roman, mais les anecdotes qui sont délivrées tout le long sont touchantes, et vous feront certainement revivre des bouts de votre propre enfance.

  Gil vit avec son frère et ses parents, et évolue en classe avec Schrubs (un gamin très turbulent), Marty, Ruth et son amoureuse, Jessica. Une fois en clinique, il a du mal à se faire des amis, se qualifiant lui-même de "trop différent des autres", certainement parce qu'il ne s'agit que d'autistes et de gamins avec des troubles importants. Il trouve cependant une aide : Rudyard, un jeune homme s'occupant des jeunes autistes dans l'établissement où il se trouve. Contrairement au Dr Nevele qui est trop basé sur les "symptômes" du petit Gil, Rudyard va lui, essayer de ressembler à Gil pour se rapprocher de lui et comprendre son trouble. C'est ce que j'ai apprécié dans ce personnage : il essaye de comprendre avant d'agir, et malgré lui, va s'attacher à ce petit homme, calé en orthographe et enchaînant les fautes de grammaire.

  Le monde dans lequel évolue Gil est assez sombre - en tant qu'étudiante en psycho, j'espère que les temps ont changé ! - et il est parfois question de "ceinture de contention" en clinique et même de gifles perdues à l'école. Mais il ne semble pas s'en formaliser, restant plutôt dans son monde et dans ses objectifs.

  Malgré tout c'était une superbe lecture qui restera gravée et qui m'a profondément touchée. Gil est vraiment un garçon formidable, incompris des adultes mais parfaitement compris des enfants, comme si leur langage ne pouvaient pas traverser les âges. C'est vraiment sa sincérité et son innocence qui m'ont fait rire et en même temps regretter mon enfance. Une lecture que je conseillerai à ceux qui aiment les histoires d'enfants, voire d'enfants en difficulté (bien que seul son passage en clinique soit difficile) ou même ce qui traite des histoires de vies en général !


"J'avais quelque chose de cassé à l'intérieur, je sentais ça dans mon ventre et je savais pas quoi faire. J'ai tendu le doigt avec lequel il faut pas montrer et je l'ai appuyé contre la tête. Et puis j'ai fait poum avec mon pouce et je m'ai tué."


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mardi 11 mars 2014

Autobiographie d'une courgette

Titre : Autobiographie d'une courgette
Auteur : Gilles Paris
Édition : Flammarion (Etonnantiss!mes)
Parution : 2003
Nombres de pages : 285
Synopsis : Elle ressemble à une poupée de chiffon toute molle et ses yeux sont grands ouverts. Je pense aux films policiers où des tas de femmes se font tuer et après elles ressemblent à des tas de chiffons toutes molles et je me dis "c'est ça, j'ai tué maman". Ainsi commence l'aventure d'Icare, alias Courgette, un petit garçon de neuf ans qui tue accidentellement sa mère alcoolique d'un coup de revolver. Paradoxalement, la vie s'ouvre à lui après cette tragédie, et peut-être même un peu grâce à elle. Placé dans un foyer, il pose avec une naïveté touchante son regard d'enfant sur un monde qu'il découvre et qui ne l'effraie pas. De forts liens d'amitié se créent entre lui et ses camarades. Et puis surtout, il tombe amoureux de Camille...

Avis :
    C'est le premier roman de Gilles Paris que je lis et j'avoue que ça m'a beaucoup plu. Déjà par sa couverture, et puis par ce titre original, qui laisse entendre que quelques chose de drôle se cache entre ces pages.
    Icare est un petit garçon naïf qui est d'une innocence à faire pâlir les plus prudes d'entre nous. Il semble en premier lieu qu'il ne voit pas le mal, mais alors qu'il décide de tuer le ciel avec le revolver de sa maman, il la tue par accident alors qu'elle se saoulait dans le jardin. Il est placé en foyer et découvre la dureté de la vie en communauté, mais à ses yeux, c'est la plus belle chose du monde que de voir des enfants de son âge, de jouer, et surtout, que l'on s'occupe de lui.
   Comme tous les enfants en foyer, Icare alias Courgette est suivi par une psychologue et par plein d'adultes qui lui posent des questions compliquées, il y répond avec naïveté et avec sincérité. Et il semble - grâce aux chroniques que j'ai déjà lues - que Gilles Paris aime donner un côté naïf à l'enfance, sans le faire tomber dans l'idiotie. Il arrive parfaitement à retranscrire les opinions des enfants, qui diffèrent de ceux des adultes.
   Tout le livre porte sur le regard d'Icare sur son nouveau monde, sur ses amis, ses ennemis, et son nouvel amour, Camille. C'est ce côté qui m'a un peu déplu : Icare découvre l'amour du haut de ses 10 ans mais semble le découvrir comme s'il en avait 13, j'ai trouvé cela peu réaliste. A moins que le personnage d'Icare ait grandi subitement à cause des épreuves qu'il a enduré ? Le final aussi est un peu tiré par les cheveux, parce que je pense pas que cela soit possible d'un point de vue relationnel que cela se passe comme ça dans les foyers pour enfants. Mais soit, je chipote.
    C'est une lecture agréable que je recommande chaudement. si vous voulez passer un bon moment plein de naïveté et d'innocence, dans ce monde de brutes.


 "L'église, c'est la maison au bon Dieu qui y est jamais.
Ça m'étonne pas, vu qu'il fait toujours méga froid dans sa maison. Le bon Dieu, Il est pas idiot, Il est bien au chaud dans les nuages avec le soleil qui Le chauffe au-dessus et Il se protège des gens qui ont toujours un truc à Lui demander." 

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